« Les amis des modèles en colère »
Dans notre bataille pour la reconnaissance de notre métier, du côté des pouvoirs, et loin des artistes
on entend parfois les intéressés politiques et économiques de la création
affirmer que « l’art plastique basé sur le travail avec le modèle disparaitra », qu’il se trouve déjà « sur la voie
de la disparition », et que « vous – les modèles disparaitrez ! ».
On ne passe pas beaucoup du temps à réfléchir à de tels raccourcis
dont on sait qu’ils n’ont rien à voir avec les vraies tendances
des artistes et du public impliqué artistiquement – mais la lettre
des élèves de la rue Boulard, publiée ci-dessous fait constater encore une fois
que ce sont les politiciens qui décident que les arts plastiques meurent - un devoir de mourir !
Avec la conscience du “pouvoir-faire” de la politique, on ne peut qu’être lucides et clairvoyants jusqu’à dire effectivement :
les arts plastiques, et les arts en général, mourraient –
si nous n’étions pas là pour les faire exister et les défendre.Artistes et élèves, et les modèles aussi, nous tous qui sommes concernés.
Les modèles d’art de Paris - nous sommes impliqués
dans les arts plastiques, dramatiques et chorégraphiques :
nous ne sommes alors pas contre donner la place
aux acteurs de toutes les disciplines.
Nous allons pourtant revendiquer aussi avec tous
les artistes-plasticiens : pour que leur art – dans lequel
nous sommes engagés – puisse s’exercer dans des
conditions décentes. Puisque l’art plastique mérite cet avoir !
– avec tous ses représentants : artistes, élèves,
professeurs et modèles.
Nous publions ici la lettre
des « Amis des modèles en colère »
qui est parvenue à notre rédaction de la part
de la représentante de l’association des élèves
« Boul’art Sculpture ».
« Les amis des modèles en colère »
Le bras de fer se poursuit depuis la rentrée entre les élèves-sculpteurs et la Ville de Paris pour sauver leur atelier, réquisitionné par Christophe Girard, adjoint de Delanoë chargé de la Culture, pour un cours d’art dramatique.
Foyer de culture à Denfert Rochereau, cet atelier de sculpture existe depuis plus de cent ans rue Boulard.
En échange de 125 m² (deux salles de 54 m² et 40 m², plus le vestiaire des modèles et les sanitaires, 10 m², plus une cave d’environ 20 m²), une salle dérisoire et inadaptée de 30 m² est attribuée aux élèves-sculpteurs pour le modelage à l’école du Boulevard du Montparnasse.
Les élèves ont empêché
par deux fois le déménagement qui équivaut d’après eux à la liquidation des installations et du matériel de l’atelier Boulard.
Or ce cours de sculpture d’après modèles vivants et de moulage est l’un des tous derniers de Paris.
Déjà, il y a trois ans, l’ancien cours de sculpture de Place des Vosges - deux vastes salles de modelage de vingt places chacune, plus une salle de moulage - a été brusquement rétréci au tiers de la surface suite au transfert quai d’Anjou, avec abandon d’une grande partie du matériel et diminution par trois de la capacité d’accueil.
Cette sorte d’atelier est donc devenu très rare, le nombre de places très limité.
Il s’agit pourtant de la survie d’une discipline artistique qui s’inscrit dans la tradition vivante de l’art figuratif, depuis les grecs, en passant par Rodin, jusqu’à aujourd’hui, en voie de disparition dans l’enseignement artistique des Beaux Arts.
La mobilisation dont font preuve les élèves, et le soutien du quartier, démontrent leur passion pour la sculpture.
Ils demandent la réouverture provisoire de l’atelier, le temps pour l’administration de leur de trouver un nouvel atelier adapté à leurs activités.
Mais Christophe Girard s’entête dans sa décision, alors qu’il ouvre au 104 rue d’Aubervilliers, dans le XIXème arrondissement, des milliers de m² aux artistes contemporains et des centaines de m² pour les pratiques amateurs.
Lentement, mais sûrement, cet abandon définitif de l’enseignement de la figure qui est à l’œuvre démontre un véritable totalitarisme parmi les responsables de la Culture.
Le fait sera répertorié dans l’histoire et la Ville de Paris en portera la responsabilité, une responsabilité collective.
Cordialement
Dominique Dosne,
Présidente de l’association des élèves « Boul’art Sculpture »
pour la défense de l’atelier de sculpture de la rue Boulard
Pour aider les sculpteurs à sauver leur atelier
et pour le maintient de la pluralité artistique,
venez signer la pétition sur le site : sauvons Boul’art
http://boulart-sculpture.blogspot.com
http://www.petitiononline.com/BoulartP/petition.html

