Rejet des « amateurs confirmés » aux Ateliers Beaux-Arts : les élèves s’insurgent !

à Bertrand Delanoë, maire de Paris,
Hôtel de Ville, 75196 Paris Cedex 04

REJET DES « AMATEURS CONFIRMÉS » AUX ATELIERS BEAUX-ARTS : LES ÉLÈVES S’INSURGENT !

Qui d’entre nous, arrivant le soir aux Ateliers Beaux-Arts de la Ville de Paris, n’a pas rêvé de s’adonner à sa passion avec facilité et plaisir ? Qui d’entre nous, malgré la fatigue d’une journée de travail, ne s’est pas senti porté par l’envie de graver, dessiner, sculpter, peindre ?
Mais nous découvrons d’emblée (à vrai dire, nous le savions déjà) que nous avons quitté un travail pour un autre. Que la gravure, le dessin, la peinture, la sculpture sont une conquête obstinée bâtie sur la longueur, la persévérance, l’humilité. Que cet apprentissage en atelier n’a rien du cours perfusé où un professeur-nounou nous guide pas à pas. L’art implique l’être. Nous apprenons donc à être face à nous-mêmes. Et cela aussi est une conquête.
Si elle a lieu, c’est grâce à l’échange.
Car l’atelier est un lieu d’échange. Entre les élèves et leur professeur, d’abord. Il est le passeur privilégié qui nous initie, nous transmet son savoir, nous accorde aussi, généreusement, une approche de sa pratique d’artiste – apport irremplaçable.
Mais la circulation se fait également entre les élèves, anciens et nouveaux. Tous, nous découvrons et nous progressons en faisant appel à ceux qui sont plus avancés. Leur apport nous encourage et nous stimule, puisqu’ils ont surmonté les difficultés auxquelles nous nous heurtons. Cette pratique, cette émulation collectives se bâtissent dans la durée.
Ce rapprochement entre les pratiquants confirmés et les nouveaux venus sous la direction d’un artiste, d’un professeur, est une des grandes forces de nos ateliers. Il en constitue pour une large part l’attrait, la richesse pédagogique et la convivialité. Cette alchimie si particulière se fonde avant tout sur le libre choix du professeur. C’est lui qui œuvre sur le terrain, en « première ligne ». Sa pratique quotidienne lui confère, plus et mieux qu’à tout autre, une vision d’ensemble de l’atelier, de sa marche. C’est à lui que revient la prérogative de décider des inscriptions et réinscriptions de ses élèves. Et aucun d’entre nous ne conteste, ni ne remet en cause cette autorité artistique et pédagogique fondamentale.
Nous sommes des amateurs passionnés. Nous venons le soir, malgré la fatigue du travail et des transports ; malgré les interruptions dues aux exigences professionnelles ou aux vacances scolaires, qui grèvent notre progression ; malgré les restrictions sur les fournitures ; malgré la complexité et la lenteur inhérentes à certaines disciplines. Certes, venir est un bonheur. Mais aussi une preuve d’endurance. En aucun cas, ce n’est un privilège ! Chaque année, beaucoup abandonnent la partie : un nombre restreint de nouveaux se joint durablement aux anciens en dépit d’un renouvellement important des effectifs. Tous tant que nous sommes, nous ne prenons la place de personne. Avec les professeurs et les modèles, nous faisons vivre les Ateliers Beaux-Arts.
Alors, pourquoi nous priver de la possibilité de progresser, d’avancer aussi loin que nous en sommes capables ? Pourquoi dynamiter le fruit de notre travail collectif ? On ne devient pas peintre, dessinateur, graveur, sculpteur, en 3 ans, ni même en 6 ! Si nos ateliers ont acquis une bonne réputation, c’est parce que nos professeurs ont eu depuis longtemps l’intelligence de compenser le caractère limité d’un apprentissage en cours du soir par le renouvellement des inscriptions dans la durée. C’est aussi parce qu’ils savent que les « amateurs confirmés » sont un stimulant et une aide pour les débutants.
Si nos ateliers deviennent un simple lieu de passage pour dilettantes inconstants, ils cesseront d’être formateurs et attractifs. Les artistes et professeurs qui ont la charge d’y enseigner des disciplines artistiques, d’y transmettre des savoir-faire, seront privés de leur pouvoir pédagogique légitime pour ne devenir que des animateurs de patronage.
Donc, les candidats à une « formation » aux Ateliers Beaux-Arts n’auront plus de véritable possibilité d’apprendre.
Les inciter à s’y inscrire relèvera de l’imposture.
Les Ateliers Beaux-Arts de la Ville de Paris n’y survivront pas. Et ils ne feront même pas un beau cadavre.
La décision arbitraire de la Ville de Paris, consistant à refuser les réinscriptions et à rejeter les « amateurs confirmés », est absurde. Et nous la contestons !

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